Comment se vendre quand on déteste le marketing ?

par | 9 avril 2024 | #freelance | 6 commentaires

Créatifs vs marketing

Il y a quelques temps, j’ai lu un livre dont on m’avait parlé, « Rich Dad, Poor Dad ».
Honnêtement, je n’ai pas beaucoup aimé ce livre. Mais j’y ai quand même trouvé quelques idées très intéressantes. Notamment une : l’auteur raconte qu’un jour, il était interviewé sur la sortie de son livre (livre qui vous explique comment devenir millionnaire, comme lui). Après l’interview, la journaliste et lui discutent un peu, et elle lui confie qu’elle fait des interviews pour payer ses factures, mais qu’en réalité, elle écrit. Seulement personne ne veut la publier. Pourtant elle a un background incroyable, des diplômes de littérature, journalisme, et elle écrit vraiment très bien. L’auteur lui demande alors si elle a déjà pensé à prendre des cours de marketing, et la journaliste s’offusque : elle est bien trop sophistiquée et éduquée pour s’abaisser à ce genre de choses. Elle, elle écrit. La vente, ce n’est pas pour elle. L’auteur saisit alors son livre – celui qu’il vient de présenter durant l’interview -, et il lui montre la note en haut de couverture : « New York Times best-seller » (= meilleure vente). Et il ajoute : « ce n’est pas écrit ‘best writer book’ (meilleur écrivain), mais bien ‘best seller’ book ». Lui-même le reconnait, il n’est pas bon en écriture. Autrement dit : être un écrivain – ou un graphiste – talentueux ne garantit absolument pas le succès. Et ça, qu’on le veuille ou non, c’est la réalité.

Savoir vendre nos services est aussi important, si ce n’est plus, que nos services eux-mêmes. Que vous soyez d’accord ou pas n’y changera rien. Savoir (se) vendre, c’est la clé de la réussite. Et c’est là qu’entre en jeu la bête noire de tout créatif : j’ai nommé… le marketing !

Oh je vous vois lever les yeux au ciel. Je vous entends soupirer et marmonner.
Je sais.

Nous, créatifs, plus que quiconque, avons très souvent une espèce d’aversion naturelle pour le marketing. C’était mon cas. Je DÉTESTAIS ça. Pour moi, ce n’était que mensonge et manipulation, et je me refusais tout simplement à toucher à ça. J’avais en horreur les commerciaux et marketeurs en tout genre, les recettes magiques toutes faites, les injonctions à « se vendre » ou encore l’obligation d’être hyperactif sur les réseaux sociaux, qui me donnaient l’impression de devoir me déguiser et mentir pour pouvoir y arriver – ce qui est bien sûr à l’opposé de ce que je défends, à savoir la transparence, l’authenticité, la bienveillance et le respect.

Et pour être honnête, au tout début de mon activité, je n’en avais pas besoin. J’avais des clients par le bouche à oreille (surtout des profs de yoga, parce que j’étais à ce moment-là secrétaire bénévole de la Fédération Française, et moi aussi prof de Yoga en parallèle). Donc c’était facile. Je n’avais pas besoin de chercher des clients : ils venaient à moi.

C’était confortable. Enfin, ça l’était. Jusqu’à ce que…

Jusqu’à ce que je me rende compte que mes clients, même si je les adorais, ne me permettaient pas de vivre de mon activité. Pourquoi ? Parce qu’ils n’avaient pas de budget, et que pour pouvoir les aider, je proposais des tarifs ridiculement bas. C’est même eux qui me donnaient leur budget et moi qui m’adaptais (au secours).

C’est lorsque je me suis retrouvée dans l’incapacité à payer mon loyer alors que je bossais 40h par semaine – tout en étant maman solo – que j’ai compris qu’il allait falloir changer quelque chose si je voulais survivre. D’abord que j’allais devoir trouver un autre type de clients, qui serait en mesure de s’offrir mes services. Et donc pour ça, revoir ma façon de présenter et de vendre mes prestations.

Mais alors, qu’est-ce qui a changé ? Ai-je finalement décidé de vendre mon âme au diable et de renoncer à mes valeurs pour me convertir au marketing de masse ? Je vous rassure : pas du tout. En fait, c’est tout le contraire.

Ce qui a changé, c’est ma perception et ma vision du marketing.

Déjà il faut bien comprendre que l’essence même de notre métier de designer, C’EST du marketing. Créer un visuel qui soit attractif et qui aide à atteindre des objectifs : marketing. Créer un site web qui donne envie aux gens d’acheter : marketing. Créer un logo pour améliorer l’image de marque d’une entreprise : marketing !

Notre métier est pur marketing. Simplement, il est visuel. Donc rejeter le marketing, c’est rejeter l’essence même de notre travail. Ça n’a aucun sens. 

Et si vous avez déjà essayé de créer sans brief de départ, vous savez que c’est impossible. Vous créez avec un objectif en tête, pour répondre à un besoin, et pour obtenir un résultat. Donc du marketing, vous en faites déjà. Vous baignez dedans.

Le problème n’est pas le marketing, mais l’idée que l’on se fait du marketing.

J’ai découvert à cette période que ce que j’appelais le marketing, c’était en fait UN usage du marketing, qui effectivement ne reposait pas sur les mêmes valeurs que les miennes. Mais ce n’est pas LE marketing. Le marketing, à la base, c’est un outil. Comme l’argent par exemple. En soi, ce n’est ni bon ni mauvais : tout dépend de l’usage qu’on en fait. Donc pour le marketing, c’est pareil ! Bien sûr, il y a ceux qui utilisent cet outil puissant pour vendre du vent et font de fausses promesses dans le seul but de générer des profits. Il y en a toujours eu, et il y en aura toujours.

Mais, il existe une tout autre façon d’utiliser le marketing, plus silencieuse, parce que plus transparente. En fait, un bon marketing ne se voit pas, ne se sent pas. Il est invisible et transparent, parce qu’il permet la rencontre évidente entre un vrai besoin et une réponse authentique à ce besoin. Le vrai bon marketing, c’est celui qui connecte. Celui que vous faites sans même vous en rendre compte tellement il est naturel et fait partie de votre ADN. Celui qui fait que vous n’avez pas l’impression de vous vendre, mais simplement d’être vous.

Je vous propose donc une nouvelle vision du marketing qui, personnellement, a complètement transformé mon activité, et qui peut-être vous aidera à vous réconcilier avec lui et à voir qu’en fait, un marketing qui vous ressemble, ça existe, et qu’en plus, c’est incroyablement plaisant.

Manifeste pour un nouveau marketing Créa-friendly

Le design et le marketing, ce n’est pas forcer les gens à acheter ce dont ils n’ont ni envie ni besoin.

C’est identifier ce qui rend votre entreprise merveilleusement unique, et le montrer à vos clients de la façon la plus simple et la plus irrésistible possible.

C’est créer une entreprise qui repose sur vos forces, qui met l’accent sur ce que vous faites mieux que personne, qui ne pousse pas à vendre mais qui attire les clients qui vous correspondent et qui veulent travailler avec VOUS.

C’est célébrer vos talents et votre valeur.

C’est avoir une communauté de gens inspirants et inspirés par votre travail, qui partagent vos valeurs et votre vision.
C’est traiter vos clients comme les êtres intelligents qu’ils sont, avec bienveillance, compassion et générosité.
C’est placer le client au centre de vos efforts et de votre réflexion, c’est chercher à les satisfaire et à aller au-delà de leurs attentes.

C’est donner le meilleur de vous pour leur offrir une expérience unique.

C’est chercher à donner plutôt qu’à prendre, à inspirer plutôt qu’à manipuler, à servir plutôt qu’à utiliser. C’est créer une connexion avec des personnes qui valorisent ce que vous faites.
C’est créer une marque dont vous pouvez être fier·e, et qui ne met en péril ni votre santé, ni votre vie de famille. C’est générer une envie quasi viscérale de travailler avec vous, plutôt que de devoir convaincre vos clients de votre valeur.

C’est aussi savoir dire non aux projets qui ne vous correspondent pas, et vous consacrer à ceux qui vous inspirent et vous animent.

C’est ne plus être choisi parce qu’on est le moins cher, mais parce qu’on est le meilleur choix pour nos clients ; parce qu’est c’est nous qu’ils veulent.

C’est avoir confiance en son entreprise, et simplement démontrer son expertise. C’est avoir conscience de sa valeur et se faire payer ce que l’on mérite. C ‘est savoir exactement qui l’on est, ce que l’on veut créer, pourquoi on le fait, et s’y tenir quoi qu’il arrive. C’est avoir du caractère, oser être soi et ne pas suivre la masse, ne pas faire les choses « parce que les autres le font ».

C’est avoir confiance en son ressenti, en ses compétences, en ses talents et en soi.

Je crois que nous entrons dans une nouvelle ère (Aquarian Age). Une ère qui n’est plus basée sur le secret mais sur le partage, sur la transparence, sur l’authenticité. Une ère basée sur la compassion, la communauté, et sur le service. Une ère où il est possible de prospérer tout en aidant et servant ceux qui ont le plus besoin de nous.

6 Commentaires

  1. Audrey HOSSEPIAN

    Voilà un article que je partagerai désormais a toutes mes classes en design ui ou ux a qui j’explique le lien inextricable entre design et marketing !

    Réponse
  2. Mara

    Une leçon magistrale condensée pour aller à l’essentiel !

    C’est exactement la conclusion à laquelle je suis arrivée : être un bon designer/ graphiste, c’est aussi comprendre les enjeux marketing d’une entreprise, la psychologie des consommateurs, et savoir employer les bons mots et les bons visuels pour atteindre un objectif donné.

    Les vidéos de The Futur sont des masterclass en termes de marketing pour les designers. C’est notamment avec les enseignements de Chris Do que j’ai enfin compris l’importance du marketing dans notre métier, moi qui avais horreur de ça auparavant.

    Mais comme tu dis, c’est un outil qu’il faut savoir utiliser à bon escient et en accord avec nos valeurs. Merci Laura pour cet article <3

    Réponse
    • Laura Peterman

      Merci Mara pour ton super commentaire. Je te rejoins, non seulement comprendre et connaitre le marketing nous aide à nous développer en tant que freelance, mais en plus de ça, cela fait de nous de meilleurs designers ! C’est donc vraiment tout benef, et quand on a ce déclic, ça transforme le game !

      Réponse
  3. Elsa

    Le fameux article ! Que du bon sens dans tes lignes Laura.
    Heureuse d’avoir eu en bonus ta vision de vive voix sur ce sujet si vaste et épineux.
    Je ne peux que confirmer l’utilité de cette approche, où alignement et écosystème bienveillant sont la clé.

    Réponse
    • Laura Peterman

      Merci Elsa 🤍 C’était un bonheur de pouvoir en parler de vive voix avec toi.

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *